La guerre contre l’Iran ne fera pas la paix Par Sylvie Jacqueline Ndongmo, Présidente de la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF)
Une escalade aux conséquences désastreuses
Une nouvelle guerre au Moyen-Orient ne rendra pas le monde plus sûr. Elle ajoutera simplement davantage de souffrance à une région déjà marquée par des décennies de violence, d’instabilité et de traumatismes.
Chaque fois qu’une crise internationale est militarisée, les dirigeants invoquent la sécurité et la nécessité d’agir avec force. Pourtant, l’histoire récente montre exactement l’inverse : la violence n’a jamais apporté de solution durable aux conflits. Elle les aggrave, les prolonge et en élargit les conséquences bien au-delà des calculs initiaux.
Aujourd’hui, les tensions et attaques visant l’Iran s’inscrivent dans cette logique dangereuse. Dans un monde déjà confronté à des crises multiples — conflits armés, urgence climatique, inégalités croissantes et fragilisation du multilatéralisme — ouvrir un nouveau cycle de confrontation militaire serait une grave erreur.
Les civils, premières victimes de la guerre
Derrière chaque décision stratégique se trouvent des vies humaines. Lorsque les bombes tombent, ce ne sont pas les dirigeants qui meurent. Ce sont des enfants dans des écoles, des patients dans des hôpitaux, des familles dans leurs maisons.
Les premières victimes de la militarisation sont toujours les populations civiles : les femmes, les enfants, les personnes âgées, les personnes vivant avec un handicap et celles qui dépendent déjà de systèmes de santé fragiles. Chaque infrastructure détruite — école, hôpital, route, centre communautaire — est un droit fondamental qui s’effondre.
Le droit international bafoué
Au-delà de la tragédie humaine, ces attaques soulèvent une question fondamentale : celle du respect du droit international. Les principes qui régissent les relations entre les États — souveraineté, règlement pacifique des différends, protection des populations civiles — constituent les piliers de l’ordre international. Lorsqu’ils sont ignorés ou bafoués, c’est l’ensemble du système international qui est fragilisé.
La guerre, un instrument politique dangereux
Il est frappant de se souvenir qu’en 2011, l’actuel président américain Donald Trump accusait le président de l’époque, Barack Obama, d’être prêt à déclencher une guerre contre l’Iran pour des raisons politiques. Il affirmait alors qu’Obama était « faible et inefficace » et qu’il n’avait « aucune capacité à négocier ». Cette déclaration doit nous rappeler une vérité essentielle : la guerre ne peut jamais devenir un instrument de calcul politique. Lorsqu’elle est utilisée comme outil de pouvoir, ce sont toujours les peuples — et non les dirigeants — qui en paient le prix.
Repenser la puissance et la sécurité
Depuis trop longtemps, la puissance des États est mesurée à l’aune de leur capacité militaire : la sophistication de leurs armes, la taille de leurs arsenaux, leur capacité de destruction. Mais cette logique nous conduit collectivement vers l’insécurité.
La véritable compétition entre les États devrait être tout autre. Elle devrait porter sur leur capacité à prévenir les conflits, investir dans la diplomatie, renforcer les mécanismes de médiation et construire des sociétés justes et inclusives. La véritable question ne devrait pas être : quel pays possède les armes les plus puissantes ? Elle devrait être : quel État est capable de construire la paix la plus durable ?
La voie de la paix et de la justice
Depuis sa création en 1915, la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF) défend la conviction qu’une paix durable ne peut être construite par la force militaire. Elle doit être fondée sur la justice, l’égalité, la coopération et la participation inclusive des communautés. Cette vision se retrouve aujourd’hui au cœur de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité des Nations Unies, qui reconnaît le rôle essentiel des femmes dans la prévention des conflits et la construction de la paix.
Investir dans la guerre plutôt que dans la paix n’est pas seulement moralement inacceptable : c’est politiquement irresponsable. Dire non aux attaques contre l’Iran n’est ni naïveté ni soutien à une dictature. C’est un acte de responsabilité envers la vie, les populations civiles et le respect du droit international.
L’humanité n’a pas besoin de nouvelles guerres. Elle a besoin de nouveaux champions de la paix.